samedi 18 février 2012

Tu fais quoi dans la vie?


L’hiver, c’est de la merde.
Il fait moche, le petit peuple encombre les routes  pour rentrer plus tôt et éviter le froid, ces feignasses de fonctionnaires se préparent à faire la grève pour me pourrir mes formalités administratives. Vivement Août.




Je n’avais pas l’intention d’écrire ce week end, et puis quelque chose m’est apparu hier en soirée. Avez-vous remarqué que le monde se divise en deux catégories: les gens qui vous demandent ce que vous faites dans la vie, et ceux qui s’en foutent.
Mais reprenons depuis le début. Il y a fort longtemps, je sortais avec une personne -que nous appellerons Anonymous, par respect pour son anonymat. Un jour, Anonymous me fit remarquer que je n’interrogeais jamais les gens sur leur profession, ce qui, selon cette personne, était un signe de désintérêt de ma part. Cette remarque me fit l’effet d’un coup de tonnerre: comment moi, qui me targuais d’être un fin observateur de mes congénères humains, pouvais-je être indifférent à ce qui les occupe 8 heures par jour?
De longues années de réflexions plus tard, je suis arrivé à certaines conclusions. Premièrement, il convient de rappeler que dans une société “civilisée” (c’est à dire dans une ville de plus 100 000 habitants), l’humain ne se définit pas principalement par son activité professionnelle, celle-ci ne représentant souvent rien de plus que le moyen le moins pénible qu’un individu a trouvé pour ne pas dormir dans la rue. En effet, seule une minuscule fraction de l’humanité a la chance de vivre de sa passion, et si vous avez l’occasion de vous trouver face à l’un des ces privilégiés, il y a fort à parier que celui-ci vous submerge de blablateries sur son job de rêve avant même que vous n’ayez eu le temps de lui poser la moindre question. Et puis, n’existe-t-il pas d’autres façons de s’intéresser à son prochain que de lui demander machinalement “Tu fais quoi dans la vie?” Est-ce que le choix de ses mots, son humour, sa syntaxe, sa voix, ses goût en cinéma, en littérature et en musique, son histoire familiale ou même ses choix vestimentaires ne nous en révèlent pas plus qu’une tirade du genre “J’ai fait l’ISTP puis une VUG et je travaille dans la com chez Prostate and boul’z”. Car avouons le, 90% des gens exercent des professions auxquelles nous ne pigeons plus rien, et il n’existe pas grand chose de plus atrocement chiant que de se voir expliquer les rouages d’un métier dont on se fout intégralement.
Ayant eu  un parcours professionnel hautement banale, j’ai tendance à ne pas poser la question pour éviter qu’on ne me la retourne, trop conscient qu’exposer mes diverses activités est à la fois laborieux pour moi et soporifique pour les autres, voire carrément pénible, comme lorsque vous expliquez à cette sous-pintade que vous êtes employé par l’une des plus grosses société du royaume et qu’elle vous demande de but en blanc « ah ouais, et  combien ca touche… ? »
Et c’est là qu’intervient l’autre catégorie, plus exécrable encore que les tenants du “Tu fais quoi dans vie?”: les adeptes du “Comment ça va ton boulot?” où, pire encore, du redouté “Comment ça AVANCE ton boulot?” Plus sournois, ceux-là s’attaquent rarement à des patrons du CAC 40 ou à des avocats d’affaires internationaux, préférant se tourner vers des saltimbanques de mon espèce. Parfaitement conscients que rien n’a avancé -d’autant plus qu’ils vous ont déjà posé la question la semaine précédente, et celle d’avant- ces perfides n’ont qu’un seul but: vous faire admettre que vous stagnez, pataugez, ou êtes carrément en train de vous noyer, histoire de vous discréditer en public -voire de se rassurer sur leur propre misère professionnelle- tout en prétendant s’enquérir affectueusement de votre condition. Pour les faire taire, l’unique solution est de répondre avec le sourire que votre vie est un échec, et que vous êtes à deux doigt de vous sectionner les veines à coup de couteau à tartiner.
Il est donc grand temps de nous rendre à l’évidence: nos activités professionnelles intéressent aussi peu nos interlocuteurs que leurs anecdotes de bureau miteuses nous captivent. Alors soyez forts: si vous faites de nouvelles rencontres pendant vos soirées, ne leur demandez pas ce qu’ils font dans la vie.
Rendons ce service à l’humanité, et contribuons ensemble à faire du monde un lieu plus habitable; il nous en sera éternellement reconnaissant.

3 commentaires:

  1. c'est vrai que ca vient juste apres bonjour/bonsoir et juste avant "ah sympa/interessent/ah bon!"
    bien vu!!
    Go on, j'adore...

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  2. je suis tomber sur ce blog par hasar, franchement, j'adore le style!
    bravo

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  3. MRB, don't stop, c'est excelent
    KE

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